La taille directe pour fabriquer un film

Je découvre un autre aspect de la taille directe avec le travail sur les rushes pour « Allons à la plage ».

Avec Olivier Wahl, nous reprenons les entretiens un à un: matériau brut qui mêle des opinions, des sentiments, des doutes, des souvenirs, des expériences, des savoirs, le tout accompagné d’expressions de visages, tensions, sourires, étonnements, larmes parfois.

Plusieurs professionnels et je devrais dire plusieurs hommes et femmes d’abord, ont accepté de parler devant la caméra et je voudrais déjà pouvoir les remercier quand je vois la diversité, la richesse de ce qui vient quand on dépasse l’écorce protectrice.
La posture d’Olivier pendant ces entretiens étaient une écoute sans jugement, curieuse de la position singulière de chaque personne; il reformulait en permanence pour amener l’interviewé.e à clarifier ses dires, approfondir sa réflexion. Dans un premier temps, nous coupons tous ces passages de reformulations, de questionnements.

Cette posture m’amène à penser à l’aubier que je retire après l’écorce quand je commence à travailler un bois pour faire une sculpture. L’aubier c’est la région périphérique entre le bois dit « parfait » (duramen) et l’écorce; cette région est particulière car le bois y est vivant, plus poreux, plus tendre, plus clair, plus hydraté que la région du duramen; ses vaisseaux y véhiculent la sève brute. C’est par cette région que se fait la croissance de l’arbre.

Nous retirons ensuite ce qui nous semble hors-sujet, qui ne concerne pas le silence ou la parole autour de la mort. C’est parfois difficile de dire si c’est vraiment hors-sujet où si ce qui est dit est justement une façon de taire quelque chose. Dans le doute, on s’abstient de couper. On identifie chaque segment, chaque nouvelle idée et on la nomme à la fois pour la retrouver mais aussi pour s’imprégner profondément de tous les aspects évoqués comme de formes possibles du film dans l’ensemble.

Je n’ai pas assez écrit sur ces impressions sur le travail des premiers entretiens et je me promets de le faire sur les suivants.Comme dans la taille directe, le matériau est travaillé et le « tailleur » aussi est travaillé. C’est cela que je voulais offrir aux professionnels de l’Ehpad mais il ne pouvait pas le savoir car c’est assez difficile à exprimer.

Appel à participation au projet Déconnectors

J’ai décidé d’orienter une partie de mon travail sur l’approfondissement du concept de Déconnector et la mise en place d’une organisation poétique et conviviale pour faire du lien entre des personnes intéressées par le concept-même, par la création et par la joie.

J’ai donc commencé par ajouter dans la partie Créations du Menu, une page Déconnectors qui explique un peu l’idée de départ.

Je vous invite à lire et à commenter.

Bisous

« Allons à la plage » Point d’avancement

Voici un point d’avancement du projet « Allons a la plage » mis en place à travers une série de résidences de l’artiste Olivier Wahl, à l’Ehpad de Clamecy où j’étais médecin coordonnateur jusqu’au 31 décembre 2019.
Ce dispositif est destiné à réaliser un premier film par et avec les professionnels et les résidents sur le thème du silence autour de la mort. (Pour plus d’information sur la genèse du projet voir dans le menu, onglet Créations/ Allons à la plage).

Le démarrage du projet a été confronté depuis la naissance du concept en décembre 2016 à de nombreux obstacles : financiers, temporels, politiques et finalement sanitaire, peut-être tous moins importants que la difficulté propre à travailler sur le sujet de la mort et du silence qui l’entoure.
Ces obstacles ont été des occasions de dialogue intérieur pour chacun des participants, de dialogues entre les participants et d’évolution de chacun et du groupe, de transformations du projet lui-même.
Plus de 70 heures de rush ont été réalisées spécifiquement pour le film  notamment pendant les 5 résidences d’artiste: des professionnels de l’Ehpad, de l’hôpital, de la ville, des résidents, des proches et des images de l’institution, de la ville, de la nature.
Le projet a fait circuler la parole sur le thème du silence autour de la mort avec d’autres partenaires encore: les mécènes, les tutelles, le Groupement Hospitalier de Territoire, la ville, les artistes de la région et le réseau d’artistes du Groupement Intensité.
Dès la première résidence, 4 problèmes majeurs ont été identifiés au niveau de l’Ehpad.
Comment annoncer la mort d’un résident aux autres résidents?
Comment organiser au mieux la sortie d’un défunt ?
Comment rendre hommage aux résidents décédés?
Comment parler ensemble des décès quand on a le sentiment de ne pas avoir fait notre travail comme on aurait voulu?

Le fait d’avoir identifié ces questions permet de travailler sur de éléments de réponses. Il reste deux résidences quand le coronavirus nous laissera œuvrer

Œuvre et jubilation

J’avais écrit l’année dernière « j’attends la retraite (…) et je déteste ce mot « retraite »: se retirer comme un coït interrompu, comme la retraite de Russie, une défaite.
Au contraire, je voulais me refaire. Pas comme les joueurs invétérés qui espèrent toujours et s’enfoncent encore plus, non, me refaire comme une renaissance, une reconstruction nécessaire après tout ce qui a été abîmé en moi dans le monde du travail: la capacité de rêver, la joie, la créativité, l’esprit du jeu… même si
j’ai beaucoup pratiqué la résistance.
Je me suis donc proposée d’utiliser à la place du mot « retraite » celui plus joyeux de « jubilation » utilisé en Espagne. Et m’y voici depuis 3 mois. Je n’arrête pas, même confinée, je cherche, je creuse, je taille, j’écris… Etc. Mais je ne travaille pas.
Ce mot aussi, je le déteste. Comment d’ailleurs aimer un mot dont l’origine se trouve dans un instrument de torture à 3 pieux: le tripalium.
Je ne travaille pas, j’œuvre. D’après la définition du CNRTL, œuvrer c’est agir au service d’une œuvre, « travailler » à une œuvre considérée comme ayant de la dignité, de l’importance, de la noblesse.
Après avoir été une travailleuse résistante, je suis donc une jubilante qui œuvre et j’invite les travailleurs et travailleuse à ne s’activer qu’à faire œuvre et en avoir conscience. Je pense bien sûr à tous les professionnels qui œuvrent face au coronavirus en ce moment

Faire participer les visiteurs pourquoi, comment?

J’ai été gentiment invitée à participer à une exposition à Clamecy, quelques mois après mon installation dans la région. C’est « Le Chevalet » qui m’a fait ce plaisir, pour fêter les 50 ans de cette association.

J’ai montré tous les enfants que j’avais sculptés, en bois ou en pierre et j’ai proposé au visiteurs de participer à la mise en couleur d’une sculpture.

Pourquoi faire participer les visiteurs à une de mes créations? Parce que c’est une façon d’amener les visiteurs à se positionner par rapport à mon travail: ils sont amenés à utiliser leur ressenti devant une forme et à prolonger mon expérience par la leur, à mille lieux de la mienne. Cette fois-ci par exemple, j’avais choisi des « feutres » à acrylique de 3 couleurs: plusieurs s’en sont plaint et je les comprends aujourd’hui. Dans ma tête, j’imaginais des pelages, plumages, tâches d’animaux en tous genres. J’en ai parlé en laissant aussi la place à d’autres signes et voilà que j’ai vu apparaitre des mots, des figures, des signes kabbalistiques, des précisions à la sculpture elle-même (yeux, bouches, rouge à ongle…)…

Quand j’ai ramené la sculpture à la maison, elle n’était plus vraiment mienne. Elle avait acquis une nouvelle identité, comme votre enfant quand il passe à la grande école, qu’il se frotte aux autres.

Je l’ai regardée dans tous les sens et j’ai repensé à ce qui m’avais été dit: pourquoi ne pas avoir fourni d’autres couleurs? Même si j’avais la réponse, j’ai pris acte et ajouté des couleurs. La sculpture a changé et je m’en réjouis. C’est ça l’intérêt de proposer aux visiteurs de participer.

Pendant l’exposition, j’ai aussi demandé quel nom pourrait être donné à cette sculpture. Alors je vais continuer avec ce prolongement, en lançant un sondage sur les noms proposés.

Je dois dire que la sculpture a été proposée allongée sur une table, ce qui n’est a priori pas la position que je voulais; plutôt pieds au mur : elle m’avait été inspirée par une petite Marie, fille d’une amie chère, qui adorait faire les pieds aux murs et un tas d’autres acrobaties (la fille pas l’amie).

Si le nom sélectionné impose une autre présentation, je pense suivre le fil 😉

                                     

L

Les filles de la vie

Apres une première exposition collective sur les grilles du Parc de Choisy dans le  13eme arrondissement, les liens tissés entre les différentes oeuvres se sont étendus à des liens de partages d’expériences, de points de vue, d’envies par rapport à notre position d’artistes dans la société. Nous nous sommes retrouvées, quelques femmes, à avoir envie de poursuivre ce chemin, de continuer à marcher sur ce fil: le fil de la vie.

Un nouveau travail collectif a été réalisé et accompagnera les oeuvres deja exposées  lors de l’exposition Art’ifice à Montgeron. Ce travail a été l’occasion d’éprouver et de dépasser nos différences et nos limites. Il sera encore une occasion d’échanger avec les un(e) et les autres sur ce que l’on peut faire de notre monde.

A la base, le collectif s’était créé après les attentats du 13 novembre 2015 et c’est naturel de le rappeler en hommage à toutes les victimes de tous les attentats. Et en même temps, il ne s’agit plus tant de résister à la haine que de chercher des chemins pour mieux vivre ensemble. L’art nous montre des chemins.